JUSTE AVANT D'ÉTREINDRE LA SERVANTE

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JUSTE AVANT D'ÉTREINDRE LA SERVANTE

24/05/2010

Presse Théatre Redjep Mitrovitsa Ezéquiel Garcia-Romeu Opium Par Camille Rochwerg

REDJEP MITROVITSA

OPIUM 
IL FIXAIT LES MIRACLES 
 SUR UN SIMULACRE DÉRIVÉ
DANS L’ANTRE DU NOIR AU GRAND PARQUET, le décor se signe sur l’obscurité. Et dans ce silence, il y a le bruit du monde. Opium écrit par Ezéquiel Garcia-Romeu d'après Baudelaire s’offre à notre regard et nous invite à la tentation de l’écoute interprétée par Redjep Mitrovitsa qui aux confins de ce sens aigu de l’intime dissout l’interférence des brumes artificielles. Ainsi la voix porte cette ressemblance essentielle qui efface les limites, Réconcilié. Réconciliation éphémère à toujours retisser. La poussière, le souffle, l’éternité d’un opium suspendu qui laisse trace de la rencontre entre un geste et un état. Échappant à la fureur d’un cri recommencé. Redjep Mitrovitsa tente ce passage estampé en quête d’accueillir cet enfouissement, où l’opium trouve un destin tout en protégeant ces crevasses d’un acte accidenté. Celle d’un être qui nous échappe sur la pliure et la distance de la lumière qui en révèle l’incidence sacrée. Dans un univers où la magie des mots signe l’apparence d’une terre habitée sur l'intervalle. Les marionnettes de Ezéquiel Garcia-Romeu dont le visage porte des traces fluides comme une discrète menace ; Surgit cette voix qui invite au passage d’un art qui relie le jeu, le Texte, le Sens, le Savoir, la Force, l'Artifice, la Fuite et la Turbulence… Comme une résistance celle-là même du survivant. Il fait signe, de taire l’insolite artificiel, longtemps considérée comme l’obscure traversée d’une altérité transversale. Sous nos yeux, cette immense évidence ininterrompue, laisse filtrer l’inspire et la passion de cette voix sous le murmure, l’air subtil, la révélation des reflets sur des adieux éternels… CAMILLE ROCHWERG GRAND PARQUET AVRIL 2010 Opium Création Redjep Mitrovitsa - Ezéquiel Garcia-Romeu. Texte : Baudelaire Mise en espace, Scénographie et Marionnettes : Ezéquiel Garcia-Romeu Avec Redjep Mitrovitsa, jeu Ezéquiel Garcia-Romeu, marionnettes


POUR L'AIR DU DEHORS
Pour la vie qui surgit. Pour cette Haie de silence... Pour le souffle, pour le corps, qui tremble. Pour ce regard auquel on s’attache. Pour se laisser transpercer en risquant de se perdre. Pour l’immobilité. Pour l’abandon. Pour grandir, pour être porté ailleurs. Pour l’effleurement. Pour nos départs. Pour l’offrande, pour lâcher les résistances, pour l’abandon de cette volonté de puissance sur le monde. Pour laisser le vent filtrer l’envahissement des mots.
Pour ces yeux qui pleurent dans la brillance... Pour la nuit. Pour l’inséparation... Pour le désert sur l’autre versant. Pour l’insécurité des noirs. Pour l’errance et l’altération de la lumière. Sur l’autre rive il y a cette attente... Du retour... Ailleurs... A la lisière, sur le fil... S’infiltre un autre visage éperdu de l’intelligence... L’ETRE ÉGARÉ ADRESSÉE A Redjep Mitrovitsa - Camille Rochwerg
INTERPRETER LE REGARD DE VASCLAV NIJINSKY
" JE VOUDRAIS PLEURER "
Nijinski abandonne Lifar... Je me souviens de l'exactitude des mots qui sauve le rire. Cela transperce un visage... Jusqu'à cher- cher le trouble qui apparaît dans le corps... Ce que l'on sent venir... Jusqu'à se laisser surprendre par ces amants solitaires qui se jettent à pas lents, les yeux fermés... Vers un tremblement... Vers la beau- té... Ce qui peut toucher... Ce que je vous remercie d'être... Une vie qui se perd nonchalamment avec ses traces d'excellence d'aimer... L'être de loin adressée à Redjep Mitrovitsa le 23 Août 1993 Après la lecture du "Journal de Nijinski" Par Camille Rochwerg
" Je suis Amour je suis sang je suis le sang du christ"
"Je t'aime" "J'aime tous les hommes" "Je suis l'amour en toi" "Tu es l'amour en moi" "Je veux te dire que l'amour est sang" "Je ne suis pas sang en toi" "Je suis sang en toi" "J'aime le sang, mais pas le sang dans J'aime le sang J'aime le Christ Je ne suis pas le sang du Christ Je suis le Christ... Je veux parler du sang. Mais mon amour n'est pas là. Je veux aimer... Je veux dire... Je veux... Je... Je t'aime... Je veux aimer tous les hommes... Je ne veux pas... Je veux..." Extraits des cahiers de NIJINSKI écrit par Vaslav NIJINSKI dans la Version non Expurgée chez Actes Sud
AINSI S'AVANCE DE SANG ET DE LUMIÈRE
Dans les cirques de pierre où la corrida est une danse et le toréro un prince... Le timbre d'une voix qui se détache d'une fine couche de peinture plus ancienne... La main, le geste, ce signe d'un relief qui abrite parfois une voix usée par son absence,et qui sèche de poussière dans la gorge... Habitée de silence et de prières, il faudrait épurer toute respiration... Je veux dire risquer... De glisser les yeux fermés sur ce vertige d'un désastre longtemps imminent... De franchir cette voix exposée au regard des autres, pire d'être touchés... Prudemment la voix s'accentue en dehors des limites...La pâleur de l'arène insuffle son pigment... "L'arène, nous dit le dictionnaire, est l'aire sablée d'un amphithéâtre, d'un cirque, elle est l'espace par excellence où se joue une mise en jeu... L'espace en vue de contenir un destin, une action, un spectacle qui prend fin la plupart du temps par une mise à mort... L'espace est clos, il est cirque, circonférence... L'arène contient et contraint, elle est contour par la netteté de son bord, accentuée par le soleil..." L'ombre et la lumière préservent cet homme du silence qui nous instruit de sa confiance... NIJINSKY est là, assis sur sa chaise immobile, comme un aveugle qui perd sa trace, qui s'éloigne enfin de la scène... Et puis sa main décrit la partition cachée, saccadée comme un geste qui revient, une dernière fois... Pour laisser fuir une course haletante... J'allais m'endormir et son sang m'a réveillé... Loin de l'impudeur d'un siècle accroché à ses racines, l'instant qui suit recueille les bruissements et les plaintes du noir d'où l'on rencontre parfois un enfant des cendres... Sur ses lèvres l'éblouissement écarte cette ombre rythmée par quelques arrêts, juste le temps de reprendre son souffle... Il s'approche un peu plus, il touche son haleine... NIJINSKY dicte tous ses gestes comme une vieille horloge qui pourrait cesser de battre. Il inonde son envol et, les yeux fermés, poussé par une dernière force... Ligne toujours oscillante, il préserve ce langage qui sauve le rire et rassemble ses partitions abandonnées sur un pupitre... Regarde, c'est ainsi qu'il fait connaissance de l'immensité. Il appartient à un monde où nul ne réussit à entrer. Sur lequel la presse elle-même garde prudemment le silence... Il y a des cirques de vie tachés d'encre noire... Il y a une sortie de secours qui conduit à la mer où la sagesse est une danse et NIJINSKY un prince... Il y a " l'insécurité... je hasarde une explication, écrire c'est peut-être ce qu'il nous reste...Quand on est chassé de la parole donnée..." J. Genet Il était entré l'un des premiers dans ce silence... Le silence d'un homme tout entier, il était surtout difficile de rester insensible... Lettre adressée à Redjep MITROVITSA, le 27 Janvier 1995
ivressecran@sfr.fr