JUSTE AVANT D'ÉTREINDRE LA SERVANTE

JUSTE AVANT D'ÉTREINDRE LA SERVANTE
JUSTE AVANT D'ÉTREINDRE LA SERVANTE

16/05/2010

Presse Théatre Francois Tanguy Par Camille Rochwerg

FRANÇOIS TANGUY
LE BRUIT COURT SUR LA VILLE
Que le théâtre du RADEAU à laissé glisser sa trace, sur ses bois éphémères, fissurés d'abandons... Reviennent ils avec ses gestes qui leurs appartenaient et qui étaient censés nous protéger, des gestes qui la plupart du temps nous échappaient, nous tenant cependant toujours en suspens...? Que font ils d'ailleurs, accroupis derrière cette porte...? On ne les entends pas, le théâtre sans doute ne possède pas une très bonne acoustique... Je suis revenue, plusieurs fois, revoir cette pièce, essayant vainement d'entendre le texte, qui m'échappe... Que faire, inventer, expliquer, écouter, en coulisses, les murmures applaudies des journalistes... Il est étrange de sentir ce bavardage dans le hall du théâtre, avant l'entrée des spectateurs averties... Ce que j'espère c'est ne rien comprendre... Surtout laisser venir, les fragilités... du spectacle...Avec leurs failles... Rester sous tension, un peu comme au cirque... Au deuxième acte, Si je ne saisis pas le texte... J'ai 2 solutions... Je fais semblant... j'attends... Où je sors... Mais il est difficile de sortir dans le noir... Je choisirais donc la chaise la plus proche de la porte d'entrée... C'est plus sûr... Il me reste la fuite.. Enfin voyons... Cette année ils sont invités au "FESTIVAL D'AUTOMNE " on le dit ici, ils travaillent très lentement... Moi j'espère leurs venues avec passion... c'est sans doute un mot trop vulgaire, qui ne se distingue en rien du commun... Et cette peur qui revient... De ne pas saisir les seuils de la création... Enfin je me souviens, ils sont souvent dans une pénombre, discrète où je peux m'assoupir dans le noir...Tranquillement... Sans s'émouvoir... Et puis les yeux fermés, c'est plus facile d'inventer... de franchir l'ombre et la lumière de leur Radeau... Radeau, dit le dictionnaire, c'est un assemblage de planches liées ensemble, et pouvant au besoin servir à naviguer... Peut être vont ils louer la mer à PARIS ?... Pour ce prochain spectacle, je vais de ce pas répandre la nouvelle... Et dans ce vacillement j'ai certainement les plus grandes chances, d'obtenir une place... Sans appréhender l'éternelle étiquette Spectacle COMPLET J'ai oublié de vous dire que j'avais le mal de mer.... Quand j'avais cinq ans... le 30 MAI 1993 CAMILLE ROCHWERG
LETTRE ADRESSÉE A FRANÇOIS TANGUY - FRAGMENTS FORAINS
Inquiétants, les adorateurs, à perte de vue immobile comme marbre, une scène à l'évidence liquide, plongée dans le bric à brac de Fragments forains FRANÇOIS TANGUY TISSE UNE ESQUISSE DE CE PALAIS BRANLANT. François Tanguy, maître séant de ce palais branlant tisse une esquisse sur les franges de ce dernier décor, l'enseigne émaillée de papiers mâchés le Théâtre du Radeau. Je me rappelle, ici, la scène presque nécessairement le mot extrême du noir, il m'était encore impossible de comprendre la touchante beauté d'un conte si simple où tout bascule si vite depuis que le noir opaque s'est fait dans la salle. "Ensuite, le sens des mots", Radeau, le Théâtre du Radeau. Rien ne saurait décrire cette bousculade grinchue. dans cette orchestre sourd et impure en cessation d'octaves de gares sonores, de l'omnibus aux banquettes mouchetées qui traverse avec son fracas, son odeur suffocante, une sorte de théâtre aux habitudes heureuses. ' Le Théâtre du Radeau donne Son plaisir tout de suite, un plaisir de cirque, d'attention foraine l'obligation de prendre immédiatement part à la fête. Comme sortis d'une loge de théâtre, les marais laissent fluide une sorte de lente circulation d'un boulevard liquide silencieux. cette lenteur même astreignant à la paresse. Maître séant de ce palais branlant, par le hublot de ce château aux longs rideaux dans l'eau. On discerne "Les diables du vide", ces invités poudrés vêtus de linges très fins, vêtus de peaux, vêtus de costumes étroits de serges à rayures rouges et coiffés d'une casquette le gland d'or. Rien ne pourrait les rendre ridicule. Par groupes anonymes comme les personnages du dix-huitième siècle dont les dominos de taffetas portent encore la géante couleur des plumes, brochettes de raisins confits, de sucre roux ; traversés d'une paille. Si l'on passe par ce pays la nuit, de vieilles femmes traînant carrosse, à perte de vue ont installé un fanal comme un signal de bal. La lumière / en coulisse. Dix fois seulement j'ai porté l'espoir d'une réponse, mieux que l'infidèle, presque nécessairement les mots extrêmes, du Noir, les maîtres séants, figures de cartons-pâtes, gaufrées, peintes et dénaturées en costumes du dimanche raides et gauches. sous leurs rires trop gênés, trop vifs, sous la frange de leurs cheveux, paille. coupés. classés dans des caddies ou peints sur de vieilles boîtes à clous en miniatures. Édifient la trace laissée, échouée, mémoire de l'enfance, "en flagrant délit de mensonges". "A cause de cet ordre divin par lequel l'enfant qui s'écorche et un homme qui se blesse ressentent cette douleur différente des premières chrysalides". Cocteau. A dater de cet éventaire. De la fragilité et de l'équilibre instable, en extrême turbulence interne du jeu, de l'absence du temps. moite qui dérive, flattant le goût secret du philtre; "flirtant avec l'importance", le Théâtre du Radeau sur les franges du décor. de caisses épaisses en fer et bois, de visages fascinés par l'eau croupie, dessinent le support susceptible de traduire un carnet de voyage,le prestige d'un échafaudage de cartes, comme posé à plat sur un grand radeau, en mouvement perpétuel de structures flottantes qui épouseraient à marée basse les lits de sable. ADRESSÉE A François TANGUY le 30 MAI 1993 CAMILLE ROCHWERG
ivressecran@sfr.fr