JUSTE AVANT D'ÉTREINDRE LA SERVANTE

JUSTE AVANT D'ÉTREINDRE LA SERVANTE
JUSTE AVANT D'ÉTREINDRE LA SERVANTE

16/05/2010

Presse Théatre Levent Beskardes Signer le silence IVT Par Camille Rochwerg

LEVENT BESKARDES
VISITE GESTUELLE AU MAC VAL 





FRANCIS PONGE - LEVENT BESKARDES - CHRISTINE WURM
CESSEZ D’ÊTRE POUR SE RECONNAÎTRE Ils se tiennent au milieu du plateau sacré. Ils ont leurs signes de sacrifice pour se reconnaître et cessez d'être dans le silence. Un silence enraciné et confié à cette élégance de ces signes sans lesquels un acteur, un spectateur entendant ne peut se détourner. Instants révoltés où rien ni l’arrogance du masque porté et caché ne désigne l’infranchissable des mots. Car cet exil, ce temps de plis déployé, ces silences refusent de nier l’intensité qui les habite. Quel regard d’écoute, quel regard d’écouter, un geste, une autre voix. Ils avancent, et se tiennent sur le bord du respect et du monde. Parce que d’autres voix, d’autres regards viennent investir ces champs d’expériences, ils brûlent cet espace du secret des mots et nous portent à s’affranchir d’un autre geste inavoué… Celui d’une révérence. Parce que l’autre sans voix aimerait n’être rien et fou dans ce cri qui est un chant de vie et qui serait un silence de dire ce que nous devrions dire. Un silence est une vie qui s’attend. C ROCHWERG A PROPOS DU VERRE D'EAU Texte de FRANCIS PONGE Traduction langue des Signes Corinne Gache Chorégraphie Nathalie Foulquier Mise en Scène Ivan Morane Avec Levent Beskardes Christine Wurm FEV 2007
C'EST VRAI QUE L'ON PASSE SUR LES BRUITS D'UNE VIE SINGULIÈRE TOUS LES JOURS.
C'EST VRAI QUE LES LANGUES ÉTRANGÈRES S'ÉCHAPPENT DE TOUTES LES SOLITUDES PORTABLES. C'EST VRAI QU'ILS GLISSENT D'UNE RENCONTRE D'EXTRÉMITÉ SUR DES MOTS.
C'EST VRAI QU'ILS S'APPROCHENT DES TEXTES AVEC LA PEUR.
C'EST VRAI QUE LE TABLEAU NOIR HUMIDE INSCRIT DES SONS QUI S'EFFACENT COMME UNE LANGUE MUETTE A " BEAUCOUP D'AUTRES CHOSES "...
C'EST VRAI QU'UN GESTE PEUT SIGNALER UN EFFACEMENT...
C'EST VRAI QUE LES OMBRES DE LEURS MAINS S'ILLUSIONNENT DU NOIR.
C'EST VRAI QUE CE FIL D'ÉQUILIBRE ACCENTUE CE FRAGMENT DE VIE Où ILS CRIENT LEURS SILENCES DE SOURIRE... C'EST VRAI QU'ILS DANSENT COMME DES VOLTIGEURS DE SONS SUR LA VALSE 2 LA PLUS MUETTE JAMAIS ENTENDUE DE FRANÇOIS MARILLIER.... MERCI. WOYZECK MISE EN SCÈNE PAR THIERRY ROISIN BEAUX QUARTIERS / INTERNATIONAL VISUAL THÉATRE REMERCIEMENTS A FRANCOIS MARILLIER LEVENT BESKARDES LAURENT VALO ET OLIVIER SHETRIT CAMILLE ROCHWERG OCT 2000
Un film de Brigitte Lemaine Sur la vie de KOJI INOUE "Regardez moi, je vous regarde" Un film de Brigitte Lemaine Sur la vie de KOJI INOUE photographe sourd Interprêté par LEVENT BESKARDES ACTEUR COMÉDIEN SOURD A RÉALISÉ LA MISE EN SCÈNE AVEC JEAN DALRIC " LES ENFANTS DU SILENCE" PHOTOGRAPHIES EVE KIRCHNER
Levent : Levent Beskardes 48 ans né en Turquie , le signe de Levent se signe avec les deux doigts sur l'épaule Parce que mon père était dans l'armée. J'ai grandi, j'ai appris à signer, à écrire, mais l'école, c'était pas mon truc. C'était problématique.
Car les professeurs ne signaient pas. Plus tard, j'ai appris la poterie,la sculpture,le dessin animé, la décoration. les affiches,je dessinais sur des assiettes,j'avais dix huit ans. J'ai aussi travaillé comme étalagiste puis dans une association, nous avons monté un spectacle, j'étais le seul sourd. Seul, j'ai commencé a mettre en scène avec toutes sortes de sourds,nous avons créé un groupe, j'écrivais la pièce,j'exécutais les décors, les costumes ce n'était pas un spectacle en langue des signes, mais uniquement visuel. J'ai monté comme ça trois pièces. Et nous sommes allés dans un festival de théâtre sourd en Bulgarie, j'avais trente ans, c'était la première fois qu'il y avait un groupe turc là bas. Nous avons eu un prix pour l'un des comédiens comme interprète et un prix pour l'écriture, nous avons joué une pièce en Turquie qui marchait bien mais il y avait beaucoup de problèmes politiques. Tout le monde était entendant, sauf moi, les gens trouvaient ça intéressant. Le jury a offert un prix spécial pour la pièce. Puis une chanteuse m'a proposé de travailler avec elle. Je m'occupais du visuel. J'ai eu envie ensuite de ne plus m'occuper des sourds. Puis un ami français m'a proposé de venir en France travailler. Je voulais apprendre beaucoup de choses nouvelles au niveau culturel mais avant cela j'ai du travailler, je faisais des boutons. J'ai cousu des boutons de 8 heures à 19 heures, c'était crevant. Mais j'ai rencontré l'IVT, le théâtre des sourds. Mon premier contact a été avec Alfredo, nous avons fait un film " Horus " dans lequel j'avais un rôle. Je travaillais de moins en moins aux boutons et puis je me suis de plus en plus consacré à jouer . Cela fait dix ans que je travaille avec l'IVT. J'ai toujours été intéressé par l'art et les connections qu'il peut y avoir avec la langue des signes, et j'ai envie de continuer dans cette direction pour ensuite peut être emmener ce travail en Turquie mais je n'ai plus tellement de contacts et c'est difficile de faire des choses là bas. Ces photos c'est ce que je préfère, ça fait quinze ans que je pense à ça, aux indiens, ça m'interpelle beaucoup. Dans ces photos, il y a une oppression qui est quotidienne pour un sourd et qui me touche beaucoup, ça me concerne. Pour les entendants la communication est facile, Pour les indiens il y a encore des problèmes d'identité culturelle, c'est la même histoire. Je suis comédien-sourd donc je dois faire beaucoup d'efforts, pour arriver à faire ce que je veux. Je suis allé en tournée à Bali avec un spectacle de Thierry Roisin. Les indiens ont une culture où ils communiquent par geste un peu comme les sourds. Car selon l'histoire sur les indiens qui sont de plusieurs tribus, les langues étaient différentes selon chaque tribu. Ils ont créé un système de dessins et de communication avec les mains pour pouvoir communiquer entre eux. Et c'étaient des populations d'entendants. Avec l'arrivée des anglais ils ont appris à parler l'anglais et cette langue commune gestuelle qu'ils avaient créé a disparu.
En Europe en 1880 avec le congrès de Milan la langue des signes a été interdite pour l'oralisation, c'est exactement la même chose pour les indiens. Les indiens ont été envahi et ils n'ont pas eu le choix. Ce n'est pas la même histoire mais elle est très proche. C'est l'extinction d'une langue ou l'interdiction d'une langue. J'aimerais bien créer une pièce sur l'histoire des indiens. Sauver des opprimés. Oui, c'est mon but dans la vie, Par exemple à noël, je suis parti en Turquie pendant dix jours et j'ai vu les informations là bas en ce qui concerne les sourds au sujet des implants cochléaires, ça m'a révolté. En France on proteste beaucoup contre les implants. En Turquie, les gens ne connaissent pas alors ils se laissent faire, mal informés, ils ne protestent pas, ils ne se défendent pas. J'ai eu une interview sur une chaîne de télévision en Turquie et j'ai tenté d'expliquer ce que signifie un implant et surtout je souhaitais enlever les fausses idées selon lesquelles un sourd peut devenir un entendant. Il n'entendra plus mais pas seulement la parole, les bruits aussi , pour la vie au quotidien ça peut aider, mais pour la communication, ça ne change pas tout. Par contre, c'est bien pour quelqu'un qui a déjà été entendant et qui perd son audition mais sinon ça n'a pas tellement d'intérêt. Entretien réalisé avec Levent Beskardes par Camille Rochwerg
 ... Signer le SILENCE.. C'est retrouver le sens de la D I F F E R E N C E ... Signer le SILENCE... C'est retrouver le sens de la D I F F E R E N C E . . . Levent Beskardes né en Turquie Arrive en France en 1973 et devient couturier en boutonnières le jour Comédien sourd le soir à l'international Visuel Théâtre à Vincennes Fondé par Alfredo Choralo en 1976Metteur en scène avec J. Dalric sur la pièce "Les enfants du silence" Dernière mise en scène en tournée 94/95 "HANNA""Le théâtre des sourds, c'est un peu comme un film muet...
J'ai refusé de risquer d'être seul... L'acteur sourd trouve ses repères... Il SENT...C.R. : Comment trouves-tu les repères de la musique et du silence, le SILENCE dans ta mise en scène de "HANNA" au moment ou le texte défile sur l'écran, qui nous informe de la stérilisation des sourds en Allemagne en 1933 par Hitler ?L.B. : Le musicien F. MARILLIER note les décalages, inscrit la musique pendant les répétitions, le rythme, et en même temps les erreurs de temps s'adaptent à la mise en scène. Il y a toujours une répétition dans les lieux où l'on joue.Dans "HANNA" la comédienne a 16 ans, elle ne savait rien de la stérilisation des sourds, les documents récents retrouvés, codés par un historien Allemand H. BIESOLD, ont permis d'apprendre la vérité que Hanna découvre à 70 ans dans la pièce. Et face au public, j'ai choisi le silence.
Comme un livre Hanna lit en même temps que le public. 35000 personnes handicapées, sourdes, aveugles ont été stérilisées en 1933. L'interdiction de SIGNER entre sourds a été soulevée en 1980.C.R. : D'une certaine façon tu as voulu crever le silence ?L.B. : Je pense qu'il est important que les gens voient pour ne pas OUBLIER... Pour trouver le sens des mots, il ne faut pas avoir peur de la DIFFÉRENCE... Je suis conscient d'avoir un corps qui danse, je suis sourd, je ris, je vis, je ressens, j'inscris le langage des signes dans mes pièces comme une chorégraphie visuelle, esthétique. La chorégraphie des signes est importante, parce que les gens en ont peur. Les chorégraphes l'utilisent comme un chant visuel, et je la perçois comme une danse. Si toutefois la musique est très forte sur le plateau, je reçois les VIBRATIONS. Nous aimons les vibrations. Les Hindous utilisent les signes de leur pays, ils sont différents.C.R. : Est-ce-que tu penses que nous voyons une danse au travers des signes ?L.B. : Au théâtre et dans la danse, vous acceptez ces signes au travers d'un langage, ce que vous voyez c'est une autre histoire, c'est une projection. Ce sont des images...
C.R. : Dans le langage humain, il y a des décalages de compréhension ?L.B. : Les sourds, c'est différent, on sent, on interprète par des exemples... Il y a aussi une différence d'identité dans le fait de signer... Il y a plusieurs explications pour le même sens des mots... Cela se SENT. Je sens... Il y a plusieurs mémoires aussi...C.R. : Connais-tu la différence d'expression du langage en SILENCE dans le travail de KAZUO ONO, PINA BAUSCH, et les chorégraphes ?L.B. : La danse de K. ONO utilise un espace du Silence... Il y a des similitudes entre le Buto et le langage des signes, mais notre regard reste totalement différent. Dans "Vole mon Dragon" de H. GUIBERT mis en scène par S. NORDEY la traduction des signes était faite par une femme, c'était déjà un décalage... Les femmes dans le Buto n'avaient pas le droit de jouer... Comme les sourds n'avaient pas le droit de SIGNER... La danse est un travail du silence, peut-être le seul endroit où l'on se comprend... J'apprends beaucoup avec la danse dans ses différences de style. Quand il y a un texte je m'approprie le texte avec mon propre regard... Je réécris les symboles dans mon style, avec ce que je vois, j'évolue avec les réactions du public... Chaque comédien sourd a sa gestuelle. J'aime être précis, j'aime faire sortir l'émotion du public, je ne les force pas à pleurer.
ivressecran@sfr.fr