JUSTE AVANT D'ÉTREINDRE LA SERVANTE

JUSTE AVANT D'ÉTREINDRE LA SERVANTE
JUSTE AVANT D'ÉTREINDRE LA SERVANTE

16/05/2010

Presse Théatre Redjep Mitrovitsa Moni Grégo Par Camille Rochwerg

REDJEP MITROVITSA
NIJINSKY
Texte envoyé en l'air par le Théâtre de Redjep Mitrovitsa. Au commencement, il y a le trouble et tout de suite suit le texte. Un continent étranger et la mer, avec pour notre repos précaire, quelques atolls hospitaliers. Sans se lasser, on va au bain, chercheur d'or péniblement perdu dans sa tâche. On tamise, on tamise jusqu'à recueillir de rares poussières. On est Odysséens face à une armée de phrases debout, écrasantes, baignées de soleil, riches d'insondable, pures, délestées... Là rien que des pépites et plus un gramme de limon. Des mots, une avancée parfaite qui se suffit, en apnée, en apesanteur, comme jamais. Ni besoin de descendre ou de ré-espirer. Tels NIJINSKI, évaporé au centre de son bond. D'ailleurs, on le raconte: On dit qu'un jour il a sauté et qu'il a disparu, simplement... Plus simplement, paraît-il, il aurait gommé sa chute du regard des spectateurs, à l'aide d'éclairages appropriés et de rideaux, la déviant dans une trajectoire invisible à l'oeil nu. Et n'y a t-il pas de cela dans la représentation théâtrale-fille du trouble et du texte-: Un art de tricher avec la chute? L'art de nous faire croire que les phrases peuvent culminer dans leur élan et disparaître? Que les mots entendus, jamais plus, désormais ne retomberont sur leurs pattes, qu'ils voguent dans l'espace qui leur est donné: Celui qui va de la bouche à l'éternité d'un seul trait, net. Texte écrit par Moni Grégo pour les lectures des " Commandos Vivaldi" intitulé " Les Sentinelles "
Il ne faut pas connaître les secrets d'un artiste, dit la rumeur, alors, ils n'agiraient plus. Mais lorsque s'entend et apparaît Redjep Mitrovitsa, la rumeur s'évapore. Les secrets de l'acteur, voilà que suspendu dans sa propre condensation, il me les offre, léger... Je les goûte et je fonds à leur contact délicieusement embué de candeur angélique... Mais quel froid me surprend et quel feu me consume? Une rigueur inattendue fend l'air, broie le noir, coupe à l'arme blanche la nuit du rêve enfantin... Je vibre d'on ne sait quel tremblement qui saisit la salle entière et chaque corps à la fois, cible par un mot droit, un regard d'aigle, une grâce penchée du cou, du cou-de-pied... Retournement, au large, du sol au cintres, de l'envol à la chute, en prince aliéné, il soulève la scène et couronne, à la pointe, chaque perception, de son sourire de miel irrépressible, et qui gagne tout... Ce soir, dans ce théâtre, voyez comme brillent l'absence, la trace, l'or des mots. L'orfèvre est passé, là, laissant comme un bijou, scellé au coeur de chaque spectateur. Texte adressé à Redjep Mitrovitsa à propos du "Journal de NIJINSKI" par Moni Grégo
ivressecran@sfr.fr